« Dans « le monde d’après », un modèle de SCIC ou SCOP ancrée dans un territoire aurait du sens »

Interview

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En partenariat avec l’Agence Régionale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (ARACT), les OPCO de l’ESS et Chorum, l’UDES a sondé, du 20 février au 13 mars 2020, les structures de l’ESS de moins de 50 salariés en région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le cadre de l’expérimentation Le Lab’QVT. L’UDES vous propose ainsi de découvrir chaque semaine un dirigeant de l’ESS et sa perception du sens au travail, notamment depuis la crise du COVID-19.

Aujourd’hui, Guillaume JUGI, Directeur Aix Multi Services (AMS), répond à nos questions. 

 

En pleine crise sanitaire, pouvez-vous nous faire un point sur vos difficultés ? 

Notre activité de chantiers d’insertion s’articule autour de l’entretien et l’aménagement de jardins et d’espaces verts sur le territoire du Pays d’Aix. Notre projet social est de permettre aux salariés en insertion de revenir travailler dans une équipe, d’établir des relations avec les clients, de renouer avec un cadre de travail. Le confinement a rompu de fait les conditions même des activités de production, mais nous n’avons pas pour autant rompu l’engagement vis-à-vis des travailleurs en insertion car, avec les permanents de l’équipe, nous avons maintenu les liens sociaux dans la continuité des parcours en télétravail et veiller à l’accès au dispositif d’activité partielle. De plus la partie administrative s’est poursuivie à hauteur de 75% pour que toutes les déclarations fonctionnelles et institutionnelles soient honorées. En cette période, le préjudice le plus épineux porte sur l’absence d’ateliers collectifs que nous réalisons pour le public en insertion dans le cadre de la lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme*qui démontre l’ampleur de la fracture numérique avec les publics fragiles.

Rassérénés par des marchés pluriannuels, nous avons préparé le plan de continuité de la structure pour fin 2020 et 2021, dans lequel la reprise en sortie de confinement nous contraint à une organisation spécifique : doublement du nombre de véhicules de transport des salariés, décalage des horaires, équipes restreintes pour le respect des gestes barrières et donc plus d’encadrement.

L’activité va donc reprendre le 11 mai en mode dégradé pour une période tampon dont la durée est encore incertaine. Nous savons déjà que le taux de chômage en France a fait un bond considérable et que le public avec lequel nous travaillons sera encore plus éloigné d’un retour à l’emploi qu’auparavant. Nous sommes évalués et rémunérés sur le taux de retour en emploi durable. Aussi, nous échangeons avec les pouvoirs publics pour une modification de notre mode de financement qui porterait davantage sur les moyens de fonctionnement mis en œuvre plutôt que sur les résultats quantitatifs de cette mise en emploi.

*l'illectronisme est une forme d'illettrisme électronique (ou encore illettrisme numérique ou illettrisme digital)

Vous menez une réflexion sur la question du sens au travail et d’implication des collaborateurs et bénéficiaires dans le projet social. Pouvez-vous nous en dire un peu plus et si cela a un impact sur la manière dont vous gérez la crise aujourd’hui ? 

Dans cette période singulière, nous avons travaillé le plan de continuité, à distance certes, mais en mode « groupe projet » constitué de l’équipe administrative, l’encadrant élu au CSE ainsi que les représentants des salariés polyvalents. Notre CSE a été élu en février 2020 mais pour les SIAE (Structures d’Insertion par l’Activité Economique), il est difficile de calquer le modèle classique de CSE. La plus grande partie de nos salariés est en CDDI de 6 à 18 mois maximum. Le représentant élu ne peut jamais faire la totalité d’un mandat 2 à 4 ans. Aussi, pour intégrer le dialogue dans l’entreprise, chaque équipe de travail des chantiers élit un représentant Intervenant Sécurité Conditions de travail (ISCT) qui fait un point mensuel sur la sécurité et les conditions de travail. Il fait remonter les besoins éventuels à traiter. Les différents ISCT sont réunis une fois par trimestre par l’équipe des permanents.

Le « groupe projet » a donc travaillé collégialement. La situation singulière du dé-confinement qui contraint à multiplier par 2 pour un même chantier les camions, amène aussi à solliciter l’ISCT sur la veille du respect des gestes barrières dans le second camion, le premier étant conduit par l’encadrant élu au CSE et surveillé par la coordinatrice  technique des chantiers. Dans l’adversité, notre démarche plus participative a renforcé notre cohésion d’équipe et nous amène à élargir l’espace d’évolution de nos bénéficiaires.

Selon vous, quelle empreinte laissera cette crise dans votre manière de manager et sur le dialogue social de votre entreprise ?

Notre organisation est peu hiérarchisée. Nous pourrions presque la considérer comme horizontale, notamment entre l’équipe des administrateurs et celle des permanents. La synergie naissante depuis l’an passé se trouve renforcée par la période que nous vivons. Nous étudions la faisabilité d’une transformation en un modèle plus participatif qui correspondrait davantage à notre fonctionnement et à l’engagement de chacun des acteurs, qu’il soit permanent, salarié en insertion ou financeur.

Dans « le monde d’après », un modèle de SCIC ou SCOP ancrée dans un territoire aurait du sens et permettrait de travailler le dialogue social de manière singulière. Mais il faudra avant tout dépasser les contraintes fiscales et juridiques pour garantir une transformation pérenne que les hommes et les femmes de cette structure ont complètement investie.

Interview téléphonique effectué le 29/04/2020 par Colette BELLET

Pour rappel : Le Lab'QVT est une expérimentation menée par l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES) en région Sud - Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle se donne pour objectif de développer une ingénierie de formation innovante destinée à accompagner les petites entreprises de l’ESS (associations, coopératives, entreprises d’utilité sociale) sur la qualité de vie au travail. 

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